Recouvrement

Honoraires impayés : la procédure.

Publié le 13 mai 2026·10 min de lecture·Par Maxime Plasse
En bref

L'impayé d'honoraires est l'une des pires épines d'un cabinet d'avocats : il dégrade la trésorerie, mobilise du temps non facturable et fragilise la relation client. La procédure de recouvrement est spécifique au droit français, encadrée et parfois mal connue. Cet article décrit la mécanique, les étapes, les délais et les pièges, avec un focus sur ce qui peut être systématisé pour ne plus en arriver là.

Prévenir vaut mieux que recouvrer

La quasi-totalité des impayés s'enracine dans une faille en amont : convention d'honoraires absente ou imprécise, factures émises trop tard ou de manière irrégulière, absence de point d'étape pendant la mission, manque d'informations sur la situation financière du client. Avant tout chapitre procédural, trois leviers réduisent significativement le risque :

Une fois ces fondations en place, le recouvrement contentieux devient l'exception.

La phase amiable

1. Le rappel et la relance commerciale

Un premier email, courtois, à J+10 ou J+15 après l'échéance. Cinq fois sur dix, c'est un simple oubli ou un courrier perdu. Un appel téléphonique de l'avocat lui-même reste l'instrument le plus efficace à ce stade.

2. La mise en demeure

Si la relance reste sans effet, l'étape charnière est la mise en demeure par lettre recommandée avec avis de réception. Elle doit :

La mise en demeure est un préalable presque toujours utile : elle cristallise la dette, fait courir les intérêts, et peut suffire à débloquer la situation. Elle protège aussi en justifiant la qualité de demandeur en cas de saisine ultérieure.

La saisine du bâtonnier

Une procédure spéciale et exclusive

Pour la contestation et le recouvrement des honoraires d'avocat, la loi institue une procédure spécifique devant le bâtonnier de l'Ordre, prévue aux articles 174 à 179 du décret n°91-1197 du 27 novembre 1991 organisant la profession. Saisir directement le tribunal serait irrecevable.

Cette procédure est obligatoire et exclusive pour toute contestation portant sur le quantum, la qualité des diligences ou la débition même des honoraires.

Forme de la saisine

La saisine se fait par réclamation adressée au bâtonnier de l'Ordre du barreau d'inscription de l'avocat. Une pratique courante : lettre recommandée AR ou dépôt contre récépissé au secrétariat de l'Ordre. Le dossier doit comporter :

L'instruction par le bâtonnier

Le bâtonnier (ou son délégué) instruit la requête contradictoirement :

  1. Communication de la requête au client, avec invitation à présenter ses observations.
  2. Échange éventuel de mémoires complémentaires.
  3. Audition possible des parties (souvent ensemble, parfois séparées).
  4. Décision motivée fixant le montant des honoraires dus.

Le bâtonnier doit statuer dans un délai de quatre mois à compter de sa saisine (article 175 du décret), prorogeable de quatre mois supplémentaires par décision motivée. Le non-respect du délai permet la saisine directe du premier président de la cour d'appel.

Le recours devant la cour d'appel

La décision du bâtonnier peut être contestée dans un délai d'un mois à compter de sa notification, devant le premier président de la cour d'appel dans le ressort duquel se trouve l'Ordre (article 176 du décret).

Le recours est suspensif d'exécution. Il est instruit par le premier président ou son délégué, contradictoirement, avec audience.

Point d'attention : ce délai d'un mois est rigoureux. Un recours hors délai est irrecevable, et la décision du bâtonnier devient définitive — pour le meilleur ou pour le pire.

L'exécution

La formule exécutoire

Une fois la décision définitive (recours non exercé ou rejeté), le greffe du tribunal judiciaire appose la formule exécutoire (article 178 du décret). La décision devient alors un titre exécutoire au sens de l'article L111-3 du Code des procédures civiles d'exécution.

Les voies d'exécution forcée

Avec ce titre, l'avocat peut engager les mesures d'exécution classiques :

Le rappel utile : ces mesures restent à la charge du créancier en avance des frais, et leur succès dépend de la solvabilité du débiteur.

Cas particuliers

Aide juridictionnelle

Lorsque le client bénéficie de l'aide juridictionnelle, l'avocat est rétribué par l'État selon un barème conventionnel. Il ne peut pas demander d'honoraires complémentaires au client, sauf cas limitativement énumérés (notamment renonciation expresse à l'AJ ou changement de situation du client). Le contentieux porte alors plutôt sur la rétribution AJ et relève d'un régime spécifique.

Client en procédure collective

Si le client est en sauvegarde, redressement ou liquidation judiciaire, la créance d'honoraires antérieure à l'ouverture de la procédure doit faire l'objet d'une déclaration de créance dans le délai de deux mois à compter de la publication du jugement d'ouverture au BODACC (article L622-24 C. com.). À défaut, la créance devient inopposable à la procédure.

Mesures conservatoires

En cas de risque de dissipation des actifs du client (déménagement à l'étranger imminent, solvabilité menacée), l'article L511-1 du CPCE permet de demander au juge l'autorisation d'une mesure conservatoire (saisie conservatoire, sûreté judiciaire) avant même l'obtention d'un titre exécutoire. Une menace sérieuse sur le recouvrement doit être démontrée.

Industrialiser la prévention et le suivi

Le meilleur recouvrement est celui qu'on n'a pas à faire. À l'échelle du cabinet, cela exige :

  1. Une convention signée systématique avant ouverture du dossier — pas après.
  2. Une cadence de facturation prédéfinie (mensuelle, par phase, à l'événement) inscrite dans la convention et respectée.
  3. Un suivi des encaissements par dossier, avec alerte automatique sur les retards de paiement.
  4. Une matrice de relances standardisée (J+15, J+30, mise en demeure à J+60-90), exécutée sans état d'âme.
  5. Un point trimestriel avec tous les associés sur les créances âgées de plus de 90 jours.

Ce qu'un logiciel métier apporte

Kler trace pour chaque dossier la convention d'honoraires signée, les devis, les factures émises et les encaissements. Le tableau de bord agrège les créances échues par âge (0–30 jours, 30–60, 60–90, plus de 90) et fait remonter automatiquement les dossiers à relancer.

En amont, la facturation électronique conforme à la réforme 2026 envoie la facture directement dans le système du client professionnel — pas d'excuse « facture jamais reçue » qui retarde de plusieurs semaines. Le cabinet récupère un mois de trésorerie sur le portefeuille moyen.

Moins d'impayés, moins de procédures.

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Questions fréquentes

Peut-on saisir directement le tribunal ?

Non. Le recouvrement des honoraires relève d'une procédure spéciale devant le bâtonnier (art. 174 à 179 du décret du 27 novembre 1991).

Quel est le délai pour saisir le bâtonnier ?

Pas de délai propre, mais l'action est soumise à la prescription quinquennale de droit commun (art. 2224 C. civ.), à compter de la connaissance des faits permettant d'agir.

Comment exécuter la décision du bâtonnier ?

Formule exécutoire apposée par le greffe du tribunal judiciaire (art. 178 du décret) ; la décision vaut alors titre exécutoire et ouvre les voies d'exécution forcée.

Sources et références

Cet article a vocation pédagogique et ne constitue pas un avis juridique. Pour une situation précise, se référer aux textes en vigueur ou consulter un confrère spécialisé.

MP
Maxime Plasse
Fondateur de Kler

Maxime conçoit Kler avec des cabinets d'avocats pilotes pour résoudre les frictions opérationnelles du quotidien : gestion des dossiers, interventions, facturation électronique, conventions et pilotage. Articles co-rédigés à partir des retours terrain.

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